Anna Meschiari au Château de Béraut

Un lieu chargé d'histoire au centre du village

Béraut est une commune qui, jusqu’à la Révolution, appartient au diocèse de Condom.

Le château de Béraut s’est construit au cours des siècles, et en fonction de la fortune des propriétaires successifs.

Seules quelques parties subsistent de l’édifice primitif : les parties basses des murs des façades Est (le long de la rivière La Gèle) et Nord sont très épaisses, parementées en moellons moyens.

Ce castrum est donné par le Comte de Toulouse à la famille de Béraut, famille qui semble appartenir à la noblesse participant à la vie du Condomois. Certaines ouvertures sont de style gothique flamboyant et des baies à meneaux agrémentent cette tour-salle qui peut être datée du 13ème siècle.

La famille s’éteint au 16ème siècle et le château devient propriété des Montlezun. En lieu et place de la salle primitive, un château est construit, grâce à l’héritage du chanoine Jacques de Montlezun. Il est décrit sur un terrier de 1617 comme « un chasteau chapelle, escuries grange moulin pigeonnier patus jardin verger sol et terres, le tout joignant ».

La tour carrée, au centre de la façade Sud semble remonter au 16ème siècle.

La structure défensive est constituée de l’épaisse muraille, en partie arrasée, qui sépare le château du reste du village. La tourelle Nord-Ouest a été amputée de sa base.

Les murs du château sont aveugles au rez-de-chaussée et l’accès au niveau du premier étage a été réaménagé au 18ème siècle.

Après avoir été propriété de plusieurs générations de Montlezun, le château est acquis par Joseph Pelauque en 1766. Puis les De Goyon l’achètent au 19ème siècle, ils sont producteurs d’Armagnac.

La porte d’entrée, légèrement cintrée, est précédée à l’Ouest par un perron monumental, relativement récent (fin 19ème siècle), il en est de même de la seconde porte d’entrée.

Le château sera vendu à Jean-Baptiste Barthes, agriculteur, en 1921 et il appartient encore à la famille Maubaret, ses descendants.

Le moulin hydraulique à deux meules, dont ne subsistent que quelques pierres, sera détruit après 1945.

Il était probablement aussi un lieu de franchissement de la rivière pour passer d’Est en Ouest du canton.

Cette succession d’histoires familiales a marqué ce château, qui de salle-forte, logement de soldats est maintenant une ferme encore en usage.

 

Anna Meschiari

https://www.annameschiari.com/

https://ddaoccitanie.org/fr/artistes/anna-meschiari/oeuvres

Anna Meschiari est née en 1987, elle vit et travaille à Saint-Pierrede-Trivisy (Tarn).

Un dialogue constant entre l’image et le texte nourrit son travail . Par le dessin, la peinture, l’installation, le tissage, la gravure ou le volume, elle explore les processus de reproduction, de déplacement et de transformation des formes visuelles, qu’elles proviennent d’archives, de motifs ou de systèmes codifiés

Ses œuvres circulent d’un médium à l’autre laissant apparaître l’autonomie et l’instabilité de chaque élément : cette circulation révèle des formes fragiles, en perpétuelle recomposition

À la façon de pièges à pensée*, les différentes pièces réalisées par Anna Meschiari se présentent comme des dispositifs sensibles, tels des témoins silencieux, ou de la documentation en suspens d’un “bruit de fond” dont les sources ne sont pas toujours identifiables et dont le propos échappe aux spectateur·ices.

*Notion empruntée à l’anthropologue Alfred Gell (1945-1997), le piège à pensée désigne un objet qui, sous   des apparences simples, révèle une complexité structurelle incitant le.la spectateur·ice à mobiliser ses   capacités de compréhension. Cette interaction engendre une frustration plaisante, proche d’une fascination esthétique : le·a spectateur·ice se trouve captivé·e précisément par la difficulté à en saisir le sens

Shaker of the universe 2021
Ogni pensiero vola 2020
1 0 1 0 1 0 0 0 1 2023 peintures recomposées

Deux périodes de résidence

 

Anna Meschiari a rencontré le 3 mars le groupe d’adultes résidents de l’accueil de jour Gabriel Dupré de Condom.

Une visite du site de Béraut leur a permis de travailler ensemble une restitution de sons imaginés avec l’artiste.

Anna est revenue à l’accueil de jour du 14 au 16 avril et a mené des ateliers d’arts plastiques avec les résidents dont les compositions seront installées dans la cour du Château de Béraut.

Tuf Bruire

Poursuivant ses recherches sur l’architecture et sa relation au corps, Anna Meschiari propose deux installations pour la cour du château de Béraut.
Au centre de la cour se trouve un premier espace à l’intérieur duquel l’oeuvre Tuf est projetée. Tournée en 2024 avec son téléphone portable dans la nécropole étrusque de la Banditaccia, au nord de Rome lors de sa résidence à la Villa Médicis (Prix Occitanie-Médicis), la vidéo restitue l’exploration de l’artiste des espaces labyrinthiques et énigmatiques creusés dans le tuf *.
Sous le préau du château, Anna Meschiari fabrique, avec des tissus peints et cousus, Bruire, une installation où le public est invité à pénétrer pour découvrir à la lampe torche des dessins au feutre sur bâche noire, réalisés par les participant·es aux ateliers que l’artiste a animés lors de sa résidence auprès de l’Accueil de Jour Gabriel Dupré de Condom. Une vidéo réalisée à partir des captations de ces mêmes dessins en train de se faire et un montage sonore des bruits enregistrés autour du château par l’ensemble des participant·es de l’atelier accompagnent le public dans l’exploration de cet espace obscurci.
L’artiste alterne dans ces deux propositions les gestes de recouvrement et de dévoilement : ici une cabane de chantier se mue en grotte souterraine, où des motifs énigmatiques émergent de la pierre entaillée — là, des pans de tissu peint permettent de dissimuler un espace intime et flottant, se prêtant également à une exploration. Face à la silhouette massive et inaccessible du château de Béraut, autrefois lieu de pouvoir et de prestige, Anna Meschiari recrée des architectures instables, où dedans et dehors se rejoignent plutôt qu’ils ne s’excluent.
Elle nous invite à expérimenter ces espaces fluides, non plus seulement « à l’abri du monde mais (surtout) hors de soi » (Gilles Tiberghien, 2023), où le réel et le fictionnel peuvent cohabiter.